La douleur psychique

  

   La douleur peut aussi surpasser sa fonction d’avertissement et même devenir une menace pour l’organisme. Un grand nombre de patients souffrent de douleurs dont on ne connait pas l’origine. Ces douleurs, persistantes et quelques fois très intenses, ne semblent pas avoir de raison d’être ou d’utilité pour l’individu. Elles nous amènent à considérer la douleur comme une pathologie en soi et qu’il convient de soulager, même si ses composantes organiques ne sont pas connues. 

   Un exemple de douleur intense est la « douleur fantôme » dont on ne peut pas expliquer le rôle physiologique. En effet, certains patients, à la suite de l’amputation d’un membre, continuent à sentir ce membre et à y ressentir d’atroces douleurs. Celles-ci sont clairement localisées, comme le bout d’un doigt dans le cas de l’amputation d’un bras. Le rôle de protection que pouvait avoir ces douleurs quand le membre était présent n’a alors plus sa raison d’être. Elles sont inutiles, difficilement contrôlables sur le plan thérapeutique, et peuvent ainsi réduire de façon sensible non seulement la qualité de vie du patient mais aussi son dynamisme psychique.

   La souffrance (ou douleur) psychique nous pose un problème tout particulier parce qu’elle n’a pas de cause organique identifiable, à l’inverse de tout ce que nous avons vu jusqu’à maintenant. Elle nous pose aussi la question de sa reconnaissance chez un individu donné. Nous connaissons tous des moments de tristesse, de difficulté à agir dans notre vie, nous éprouvons aussi des moments de grande fatigue que notre mode de vie n’exprime pas. S’ils nous sont pénibles, nous savons pourtant que ces moments vont disparaître et que notre mal-être ne sera que temporaire, ce qui le rend supportable.

   À l’inverse, certaines personnes perdent le goût de vivre, imaginent qu’il n’y aura pas de retour à la vie antérieur et le ressentent comme une intense douleur dont l’origine est clairement perçue comme venant de l’intérieur d’eux-même. Ces situations peuvent même les conduire au suicide pas tant comme recherche de la mort mais comme nécessité de mettre fin à cette intensité de la douleur. Les situations de dépressions intenses caractérisent précisément ce que nous venons de décrire. Par exemple, le roman de Guy de Maupassant, Le Horla (1887) illustre bien les motivations du personnage à se suicider, tellement cette impression d’être poursuivi devient « invivable ».

   Nous voyons bien dans ces situations comme les sensations éprouvées sont aussi du registre de la douleur, même si elles présentent des différences avec les douleurs purement physiques : les unes et les autres ne sont peut-être pas si éloignées que cela. Une preuve nous en être donnée par l’efficacité des antidépresseurs surtout dans les cas de dépression psychique mais aussi dans un certain nombre de cas pour des douleurs physiques. En effet, les antidépresseurs sont des I.R.S.N. (Inhibiteurs de la Recapture de la Sérotonine et Noradrénaline). Ils agissent au niveau de la synapse, et plus particulièrement au niveau de la fente synaptique. Principalement, ils empêchent les neurotransmetteurs de réintégrer le neurone présynaptique. Le liquide formé par les neurotransmetteurs qui permet au flux nerveux de passer reste alors plus longtemps dans la fente synaptique. Nous ne connaissons pas encore très bien ces effets ni pourquoi cela fonctionne. On remarque seulement qu’ils sont efficaces pour un tiers des dépressifs, et dans des états douloureux où les antalgiques conventionnels, telle la morphine, sont peu efficaces. À l’exception des migraines, ce sont les antidépresseurs tricycliques et les antidépresseurs à double action qui sont efficaces dans le traitement des douleurs chroniques. Leur supériorité s’expliquerait par le fait qu’ils produisent une augmentation de la libération, non seulement de la sérotonine, mais également de la noradrénaline. Or, celles-ci sont deux neurotransmetteurs impliqués dans les mécanismes descendants d’inhibition de la douleur. Donc, paradoxalement, les antidépresseurs agissent contre la dépression mais aussi sur certaines douleurs physiques, là où des antalgiques n’agissent pas.

   Ici, il y a encore une confusion entre la douleur physique et la douleur psychique. Nous allons maintenant voir la répartition de la douleur dans le temps.


La répartition de la douleur dans le temps →

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