La personne âgée

On considère actuellement que, sur le plan physiologique, il n’y a pas de différence significative entre la personne âgée et l’adulte. C'est l'expression qui est modifiée, pas la perception. Cependant le seuil d’acceptation de la douleur peut varier en fonction de l’intensité de la stimulation, des sites douloureux et du contexte psychologique et social.

   La prise en charge efficace d’un syndrome douloureux nécessite avant tout de le détecter, d’évaluer son intensité (à l’aide de différentes échelles d’évaluation), d’en rechercher la cause, et de trouver un traitement adapté. Mais cette démarche n’est pas aisée à entreprendre chez la personne âgée. En effet avec l’âge, les effets du vieillissement ainsi que des pathologies souvent multiples et des difficultés psychosociales s’additionnent. Ces particularités sont un rempart au repérage et à la prise en charge de la douleur du senior. De plus, certains symptômes sont parfois négligés par le personnel soignant.

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   Tout d’abord dans la plupart des cas, la personne âgée va taire sa douleur, par crainte d’une hospitalisation contraignante, d’être une gêne pour son entourage, ou de la découverte d’une maladie grave sous-jacente. Le sujet âgé finit par banaliser ses douleurs. Il devient fataliste, comme si âge et douleur allaient forcément de pair. Dès lors, il se plaint moins. Pour d’autres la douleur sera utilisée pour justifier un confinement au lit ou au domicile, ainsi que la dépendance par rapport aux tiers qu’il entraîne.

   L’expression de sa propre douleur est plus difficile pour le patient lorsqu’il présente d’autres troubles (par exemple les patients déments reçoivent en quantité moins d’analgésiques car leur pathologie fausse leur jugement). S’il présente des déficits sensoriels (auditif, visuel...), moteurs, (la paraplégie, l’aphasie ou perte de la parole) ou thymiques (troubles de l’humeur), communiquer leur ressenti au personnel médical est d’autant plus compliqué. Par ailleurs les sensations douloureuses sont souvent peu précises en raison des maladies associées, d’abus médicamenteux et de la perte du désir de s’exprimer. La confusion,  la dépression, le repli sur soi, le mutisme, le changement de caractère, l’anorexie et la dénutrition, les troubles du sommeil, la perte d’autonomie, syndrome de glissement (risque suicidaire important chez la personne âgée) peuvent représenter autant de manifestations de la douleur.

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   Afin de connaître l'intensité de la douleur et de pouvoir donner au malade les traitements appropriés, les soignants utilisent les échelles d’auto-évaluation. On distingue plusieurs échelles de la douleur. Certaines sont générales et utilisées aussi bien chez l’adulte que la personne âgée; d’autres sont spécifiques à la gériatrie.

   En premier lieu, l’échelle visuelle analogique (ou EVA) permet de graduer l’intensité de sa douleur sur une ligne horizontale. Elle a été validée en gériatrie, mais elle demande des capacités de compréhension qui en limitent l’usage, notamment chez des patients présentant démence ou troubles visuels. Seuls 30% des patients en comprennent le fonctionnement. Par ailleurs, son utilisation se heurte souvent au scepticisme des soignants, qui y voient une infantilisation de la personne âgée et considèrent parfois cela comme dégradant et inutile. Ensuite l’échelle numérique (EN) qui situe la douleur entre 0 et 10 :  elle présente des limites d’utilisation similaires à celles de l’EVA.

   L’échelle verbale simple (EVS) propose au malade de poser lui-même des mots sur sa douleur (absente, faible, modérée, intense). Elle est plus accessible au patient âgé que l’EVA ou l’EN, car moins abstraite. Elle a souvent la préférence des équipes soignantes et des patients qui peuvent qualifier leur douleur avec des termes simples. Par ailleurs, elle peut être proposée au patient présentant une démence légère et avoir quasiment les mêmes résultats et la même efficacité.


   Lorsque les patients sont incapables d’auto-évaluer leur douleur, parce qu’ils présentent des troubles de la compréhension ou de la communication par exemple, l’évaluation de l’intensité douloureuse se fonde sur l’observation et l’analyse des modifications comportementales qui peuvent être engendrées par la souffrance. Les principaux outils utilisés en France sont l’échelle Doloplus 2 et l’échelle comportementale de la personne âgée (ECPA). L’échelle doloplus 2 a été créée par Bernard WARY en 1992, et fut validée officiellement le 2 janvier 1999, ce qui en fait un outil assez récent. Leur utilisation implique une connaissance antérieure de la personne observée et une confrontation des opinions des soignants. Elles sont peu adaptées à l’évaluation des douleurs aiguës.



Les personnes âgées sont fréquemment atteintes de maladies de la douleur. En voici quelques-unes :

  • l’allodynie : le patient perçoit une douleur à la suite d’une stimulation normalement indolore.
  • la dysesthésie : la personne perçoit une sensation anormale et désagréable, spontanée ou provoquée par une stimulation.
  • la glossodynie : le malade ressent une douleur, souvent du type de brûlure, sur la langue.
  • l’hyperalgésie : le patient est exagérément sensible à une stimulation douloureuse.
  • l'hypoalgésie : à l’inverse de l’hyperalgésie, on observe une diminution de la réponse à une stimulation douloureuse.

 

Conclusion  →

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